Cartes de paiement professionnelles · 1 % reversé à chaque transaction
CONFORMITÉ, RSE & IMPACT

Scopes 1, 2 et 3 en entreprise : le guide pratique

Scopes 1, 2 et 3 du GHG Protocol : définition, exemples par catégorie, méthode de mesure et lien avec bilan GES et CSRD. Le guide pratique.

Écouter l'article

Demander à une entreprise de « mesurer ses émissions » sans préciser le périmètre, c'est comme demander son chiffre d'affaires sans dire si l'on parle du groupe ou d'une filiale : la réponse change du tout au tout. C'est pour fixer ce périmètre que le GHG Protocol a découpé les émissions de gaz à effet de serre en trois catégories, les scopes 1, 2 et 3. Ce périmètre scopes 1 2 3 entreprise est la grille de référence de tout bilan carbone. Ce guide décrit chaque catégorie, montre comment la mesurer, et explique pourquoi le périmètre réglementaire ne cesse de s'élargir, du bilan GES français à la CSRD.


Trois points à retenir :
  • Les scopes 1, 2 et 3 classent les émissions selon leur origine : directes (1), énergie indirecte (2), reste de la chaîne de valeur (3).
  • Le scope 3 représente en général 70 à 90 % de l'empreinte d'une entreprise[1].
  • La CSRD (norme ESRS E1) impose désormais le reporting des trois scopes aux entreprises concernées[2].

D'où vient le découpage en scopes 1, 2, 3

La partition en trois scopes a été formalisée par le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol), standard international de comptabilité carbone cofondé par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Complété en 2011 par le Corporate Value Chain (Scope 3) Standard, ce cadre est la référence de la quasi-totalité des bilans carbone et des reporting réglementaires[3]. Le principe : une entreprise n'est pas responsable des mêmes émissions de la même manière. Brûler du gaz dans sa chaudière, acheter de l'électricité, ou faire circuler un camion chez un fournisseur. Trois natures de responsabilité, trois scopes.

Cette grille structure l'action : le scope 1 se joue sur les chaudières et la flotte, le scope 2 sur les contrats d'électricité, le scope 3 sur la chaîne de valeur. Trois leviers, trois pilotages distincts.

Répartition typique des émissions par scope Empreinte carbone d'une entreprise industrielle (typique) Scope 1 ~10 % directes Scope 2 ~5 % énergie Scope 3 ~85 % chaîne de valeur (amont + aval) Proportions indicatives, varient fortement selon le secteur. Source : GHG Protocol.
Dans la plupart des secteurs, le scope 3 écrase tout : c'est lui qu'il faut cartographier en priorité, pas les émissions directes qui sautent aux yeux.

Scope 1 : les émissions directes

Le scope 1 regroupe les émissions provenant de sources que l'entreprise possède ou contrôle : combustion de gaz naturel, carburant des véhicules de société, procédés industriels émetteurs (décarbonatation du ciment), et émissions fugitives (fuites de fluides frigorigènes dans la climatisation et le froid industriel)[3]. C'est le périmètre le plus simple à mesurer : il s'appuie sur des données physiques internes (litres de fioul, kilomètres parcourus, gaz rechargé). La difficulté ne tient pas au calcul mais à l'exhaustivité. Oublier un site ou un fluide suffit à fausser le total.

À retenir

Le scope 1, ce sont les émissions que vous générez vous-même. Marginal pour une entreprise de services. Dominant pour un transporteur ou un cimentier.

Scope 2 : l'énergie indirecte

Le scope 2 couvre les émissions liées à la production de l'énergie achetée : électricité, mais aussi vapeur, chaleur ou froid. Les émissions ont lieu dans une centrale, pas chez vous, mais elles résultent de votre consommation, d'où leur classement en indirectes[3].

Subtilité : le GHG Protocol impose un double reporting. La méthode location-based applique le facteur d'émission moyen du réseau local. La méthode market-based tient compte de vos contrats : avec un contrat vert assorti de garanties d'origine valides, le scope 2 market-based peut tomber à zéro, alors que le chiffre location-based reste celui du mix réseau[4]. Les deux doivent être publiés.

Point de vigilance

Un contrat « vert » ne suffit pas : sans garantie d'origine formelle et sans reporting market-based, la réduction n'existe pas dans votre comptabilité carbone.

Scope 3 : la chaîne de valeur

Le scope 3, c'est tout le reste : les émissions indirectes de la chaîne de valeur, en amont comme en aval. C'est là que se cache l'essentiel, entre 70 et 90 % de l'empreinte totale selon les secteurs[1]. Une ETI industrielle qui ne regarde que ses chaudières et son électricité passe à côté des neuf dixièmes de son bilan.

Le standard découpe ce périmètre en 15 catégories, huit en amont et sept en aval[5] : achats de biens et services (catégorie 1, souvent le plus gros poste), biens d'investissement, transport amont et aval, déchets, déplacements professionnels, trajet domicile-travail, utilisation et fin de vie des produits vendus.

ScopeDéfinitionExemplesMéthode de calcul
1Émissions directes (sources possédées ou contrôlées)Chaudière gaz, flotte thermique, fuites de fluides frigorigènesDonnées d'activité × facteur d'émission
2Énergie indirecte achetéeÉlectricité, vapeur, chaleur, froidDouble méthode : location-based + market-based
3Autres émissions indirectes (chaîne de valeur)Achats, transport sous-traité, l'usage et la fin de vie des produits, déplacements pro15 catégories, en données primaires ou secondaires

Le scope 3 reste le plus difficile à mesurer : il dépend de données détenues par vos fournisseurs, clients ou prestataires. Quand elles manquent, on recourt à des données secondaires, des moyennes sectorielles de bases publiques. Acceptable pour un premier bilan, à condition d'être transparent sur la part d'estimation et de l'affiner chaque année.

Comment mesurer concrètement : données et facteurs d'émission

Le calcul repose sur un principe unique : multiplier une donnée d'activité (kWh, kilomètres, tonnes d'acier) par un facteur d'émission (kgCO₂e par kWh, par km, par tonne) pour obtenir des émissions en équivalent CO₂.

Côté facteurs, la référence française est la Base Empreinte® de l'ADEME (ex-Base Carbone®), base publique gratuite qui rassemble plus de 60 000 facteurs d'émission (énergie, transports, achats, déchets)[6]. Socle du Bilan Carbone® comme des bilans réglementaires (BEGES), elle est aussi acceptée par les standards internationaux (GHG Protocol, ISO 14064).

Côté données d'activité, le défi est la collecte. Pour les scopes 1 et 2, les sources internes suffisent (factures d'énergie, gestion de flotte). Pour le scope 3, il faut aller chercher l'information chez les fournisseurs ou remonter les lignes comptables. C'est là qu'un moyen de paiement pro associant chaque dépense à une donnée d'activité et à un facteur d'émission prend tout son sens, en évitant une collecte manuelle qui peut durer des mois.

Bilan GES, CSRD : ce que la réglementation impose

En France, le bilan GES réglementaire (BEGES), encadré par les articles R. 229-47 à R. 229-53 du code de l'environnement, impose à certaines organisations de quantifier leurs émissions selon ce même découpage : directs, indirects énergie, autres indirects[7].

Au niveau européen, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) va plus loin : sa norme climat ESRS E1 impose aux entreprises concernées (grandes entreprises et PME cotées, selon un calendrier étalé) de publier leurs émissions des trois scopes en tonnes de CO₂ équivalent, dès lors qu'elles sont matérielles[2]. Pour beaucoup d'acteurs, le scope 3 devient une obligation.

Un même exercice alimente plusieurs cadres : Bilan Carbone® (stratégie), BEGES (conformité française), CSRD/ESRS E1 (reporting européen). La méthode est commune. Seul le format diffère. D'où l'intérêt de construire un seul inventaire structuré par scope et catégorie, réutilisable partout. Les outils pour y parvenir font l'objet de notre comparatif des solutions de réduction de l'empreinte carbone.

Les pièges à éviter

La double comptabilité. Un kilowattheure consommé par un sous-traitant peut figurer dans son scope 2 et dans le scope 3 de son donneur d'ordre. Sans accord sur le périmètre, les totalisations gonflent. Le GHG Protocol fournit des règles de consolidation pour limiter ce risque.

La course à la précision. Sur le scope 3, vouloir des données primaires partout dès la première année est illusoire. Mieux vaut un bilan incomplet mais honnête, basé sur des moyennes documentées, qu'un projet qui s'enlise.

Compenser avant de réduire. La compensation n'a de sens qu'après un effort mesuré. Annoncer la neutralité carbone sans avoir cartographié son scope 3 finit en accusations de greenwashing. Sur le lien entre finance durable et RSE, notre analyse de la carte corporate au service de la RSE complète le tableau.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre les scopes 1, 2 et 3 d'une entreprise ?

Le scope 1 regroupe les émissions directes (sources possédées ou contrôlées), le scope 2 les indirectes liées à l'énergie achetée (électricité, vapeur, chaleur), le scope 3 toutes les autres indirectes de la chaîne de valeur : fournisseurs, transport, l'usage et la fin de vie des produits[3].

Le scope 3 est-il obligatoire ?

Pour les entreprises soumises à la CSRD, oui : la norme ESRS E1 impose le reporting des trois scopes lorsque le scope 3 est matériel[2]. En France, le BEGES encadre déjà ce périmètre pour certaines organisations.

Quelle part de l'empreinte représente le scope 3 ?

Entre 70 et 90 % de l'empreinte totale selon les secteurs[1]. Un bilan qui s'arrête aux scopes 1 et 2 passe donc à côté de l'essentiel, sauf dans quelques secteurs industriels où le scope 1 domine.

Quelle base de facteurs d'émission utiliser ?

En France, la Base Empreinte® de l'ADEME (ex-Base Carbone®) est la référence publique : plus de 60 000 facteurs d'émission gratuits, couvrant l'énergie, les transports, les achats et les déchets[6].

Bilan Carbone®, BEGES et CSRD : quelle différence ?

Le Bilan Carbone® est une méthode (stratégie interne). Le BEGES est le bilan réglementaire français (articles R. 229-47 et suivants). La CSRD/ESRS E1 est le reporting européen. Les trois s'appuient sur la même grille de scopes et les mêmes facteurs : un seul inventaire bien structuré peut les alimenter tous[7].

Un contrat d'électricité verte annule-t-il le scope 2 ?

Pas totalement. Il réduit le scope 2 market-based à zéro s'il est assorti de garanties d'origine valides, mais le chiffre location-based reste celui du mix réseau. Le GHG Protocol impose de publier les deux[4].

Article chapeau. Ce guide s'inscrit dans notre livre blanc RSE & CSRD.

Références

  1. GHG Protocol / CDP, Scope 3 représente en moyenne 70 à 90 % des émissions totales d'une entreprise dans sa chaîne de valeur. ghgprotocol.org. ↩
  2. Commission européenne / EFRAG, Norme ESRS E1 (Changement climatique) de la CSRD : reporting obligatoire des émissions brutes de GES des scopes 1, 2 et 3 en tonnes de CO₂ équivalent. efrag.org. ↩
  3. GHG Protocol, The Greenhouse Gas Protocol: A Corporate Accounting and Reporting Standard (Revised Edition) : définition des scopes 1, 2 et 3. ghgprotocol.org. ↩
  4. GHG Protocol, Scope 2 Guidance : double reporting location-based et market-based, contrats verts et garanties d'origine. ghgprotocol.org. ↩
  5. GHG Protocol, Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard : les 15 catégories du scope 3 (8 amont, 7 aval). ghgprotocol.org. ↩
  6. ADEME, Base Empreinte® (ex-Base Carbone®) : base publique de plus de 60 000 facteurs d'émission pour la comptabilité carbone. base-empreinte.ademe.fr. ↩
  7. Légifrance / Ministère de la Transition écologique, Bilans d'émissions de gaz à effet de serre (BEGES) : articles R. 229-47 à R. 229-53 du code de l'environnement. legifrance.gouv.fr. ↩

À lire aussi

Parlons de votre programme de paiement.
Réponse sous 48 h · accompagnement dédié
Demander une démonstration

La newsletter qui éclaire vos dépenses.

Un e-mail par mois : nos meilleurs guides, sans spam. Désinscription en un clic.