Sur chaque plein, une entreprise paie deux taxes qu'elle peut en partie récupérer : la TVA, et l'accise sur les produits énergétiques (l'ancienne TICPE). Pourtant, beaucoup de directions financières ne récupèrent que la première, et parfois mal. La récupération TICPE entreprise reste sous-exploitée : démarche méconnue, taux qui dépendent du véhicule et non du carburant, formulaires à déposer dans des délais stricts. Ce guide fait le point sur ce qui est récupérable en 2026, pour qui, et comment éviter les erreurs qui coûtent cher.
- La TVA sur le carburant se récupère à 80 % pour un véhicule de tourisme et à 100 % pour un utilitaire, essence ou diesel, depuis 2022.
- L'accise (ex-TICPE) elle-même est partiellement remboursable pour certains usages professionnels, via un formulaire douanier.
- La dématérialisation des demandes (SIDECAR Web) est obligatoire depuis septembre 2023 : les envois papier ne sont plus acceptés.
TICPE, accise, TVA : de quoi parle-t-on exactement
À la pompe, le prix du litre se décompose en trois blocs. D'abord le produit brut (le carburant, marges comprises). Ensuite l'accise (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Pétroliers, rebaptisée « accise sur les produits énergétiques » dans le droit européen mais que tout le monde continue d'appeler TICPE, une taxe au litre fixe nettement plus lourde que la TVA sur le gazole. Enfin la TVA à 20 %, qui s'applique sur le tout (produit + accise).
Cette distinction compte : les deux taxes ne se récupèrent pas pareil. La TVA se déduit comme toute TVA déductible, sur votre CA3, quand vous payez le carburant. La TICPE, elle, fait l'objet d'un remboursement spécifique à demander séparément auprès de la douane, selon des règles d'éligibilité plus étroites. Confondre les deux, c'est passer à côté de l'une ou commettre des erreurs sur l'autre. Sur les outils pour piloter ce poste, notre comparatif des cartes carburant complète le panorama.
La TVA sur le carburant : ce que vous pouvez vraiment déduire
C'est le poste le plus visible. Pendant longtemps, la TVA sur l'essence n'était pas déductible, un héritage qui désavantageait l'essence face au gazole. La loi de finances 2017 a lancé un alignement progressif. Depuis le 1er janvier 2022, les règles sont identiques pour l'essence et le gazole[1] :
| Type de véhicule | TVA déductible (essence + gazole) | Part non récupérable |
|---|---|---|
| Véhicule utilitaire (VU) | 100 % | — |
| Véhicule de tourisme (VP) | 80 % | 20 % |
| GPL / GNV gazeux (VP) | 50 % | 50 % |
La nuance décisive porte sur le véhicule, pas le carburant. Un utilitaire ouvre droit à 100 % de TVA déductible, quelle que soit la motorisation. Une voiture particulière plafonne à 80 %. Les 20 % restants représentent l'usage privé présumé. C'est ce coefficient de 80 / 20 % qu'il faut appliquer, sur la TVA uniquement, à chaque plein[2].
Les conditions à remplir pour déduire la TVA
La déduction n'est pas automatique. Elle suppose quatre conditions cumulatives[3]. L'entreprise doit être assujettie à la TVA : une structure en franchise en base (auto-entrepreneur, micro-entreprise sous les seuils) ne récupère rien. Le carburant doit servir à un besoin professionnel : c'est pour cela que les VP sont plafonnées à 80 %. La facture, et non le ticket de CB, constitue le justificatif exigé. Enfin, ces pièces se conservent six ans, soit le délai de prescription en matière de TVA.
Ce dernier point est sous-estimé. Une carte carburant d'entreprise règle le problème à la racine : elle produit automatiquement une facture centralisée, nominative, avec l'immatriculation du véhicule, conforme aux exigences de l'administration. C'est ce qui rend la carte carburant professionnelle bien plus efficace qu'un paiement individuel suivi d'une note de frais. Pour comparer les supports, notre comparatif des cartes carburant multi-enseignes aide à trancher.
Le remboursement de l'accise (ex-TICPE) : un deuxième levier
Au-delà de la TVA, une partie de la TICPE elle-même peut être remboursée. C'est une démarche distincte, gérée par les douanes et non par la DGFiP. Les transporteurs routiers de marchandises et de voyageurs, les exploitants de taxis, ainsi que les activités non routières (BTP, agriculture, navigation intérieure) sont éligibles à un remboursement partiel de l'accise, dans des plafonds fixés par l'Europe[4].
La demande se fait via le formulaire Cerfa n° 16090, désormais obligatoirement en ligne depuis le 1er septembre 2023 sur le portail SIDECAR Web de la douane[5]. Les dépôts papier ne sont plus recevables. La périodicité est mensuelle ou trimestrielle. Un transporteur mixte (marchandises et voyageurs) dépose deux dossiers distincts. Le traitement dure un à deux mois.
La TVA et l'accise sont deux remboursements séparés. La TVA se déduit sur votre déclaration CA3 à chaque plein. L'accise (TICPE) se demande séparément à la douane, sur SIDECAR Web, et uniquement pour les usages éligibles (transport, taxis, BTP…).
Les erreurs qui font perdre de l'argent
Sur ce sujet, quelques erreurs reviennent et coûtent cher. La première : appliquer 100 % de TVA sur une voiture de tourisme. La déduction paraît logique puisque le véhicule sert au travail, mais l'administration considère qu'une VP comporte nécessairement un usage privé, d'où le plafond de 80 %. En contrôle, la régularisation tombe, assortie d'intérêts de retard.
La deuxième erreur est l'inverse : ne pas déduire la TVA du tout, par méconnaissance de l'alignement essence/diesel depuis 2022. Certaines PME à l'essence croient encore que rien n'est récupérable, un héritage d'avant 2017 qui coûte à chaque plein. La troisième porte sur les justificatifs : un ticket de CB ne vaut pas une facture, et un relevé de carte carburant sans immatriculation peut être retoqué.
Ne confondez pas VP et VU. La déduction à 100 % ne vaut que pour les véhicules utilitaires au sens fiscal (carte grise mention « utilitaire »). Une berline de société, même utilisée à 100 % professionnellement, reste plafonnée à 80 % de TVA récupérable. La distinction se lit sur la carte grise, pas sur l'usage réel.
Enfin, sur l'accise, l'erreur classique est de laisser passer les délais. Une demande de remboursement TICPE se dépose dans un délai précis après la période concernée. Au-delà, le droit est perdu. Les entreprises qui attendent la fin d'année pour tout regrouper perdent souvent des trimestres entiers.
Combien ça représente, concrètement
Pour un ordre de grandeur, prenons une flotte de vingt véhicules de tourisme faisant 25 000 km par an, à 7 L/100 km. Cela représente environ 35 000 litres, soit à 1,80 € environ 63 000 € de carburant TTC. Sur ce total, la TVA récupérable (à 80 %) atteint à peu près 8 400 € par an, un montant que beaucoup d'entreprises abandonnent en partie, faute de process.
Pour les éligibles à l'accise, le remboursement TICPE s'ajoute et peut représenter plusieurs milliers d'euros supplémentaires par an pour un transporteur. La récupération TICPE entreprise n'est donc pas un détail comptable. C'est un vrai poste de trésorerie.
Questions fréquentes
La TVA sur l'essence est-elle récupérable pour une entreprise ?
Oui, depuis le 1er janvier 2022, l'essence est traitée comme le gazole : la TVA est déductible à 80 % pour un véhicule de tourisme et à 100 % pour un utilitaire[1]. L'alignement, engagé en 2017, est aujourd'hui finalisé.
Quelle différence entre récupération de la TVA et de la TICPE ?
La TVA se déduit sur votre déclaration de TVA (CA3) à chaque plein. La TICPE, désormais appelée accise, fait l'objet d'un remboursement séparé, à demander auprès des douanes via SIDECAR Web, et uniquement pour certains usages (transport routier, taxis, BTP…)[4].
Peut-on récupérer 100 % de la TVA sur un véhicule de tourisme ?
Non. Une voiture particulière est plafonnée à 80 % de TVA déductible sur le carburant, les 20 % restants correspondant à l'usage privé présumé. Seuls les véhicules utilitaires ouvrent droit à 100 %[2].
Quelle est la démarche pour se faire rembourser la TICPE ?
La demande se dépose en ligne sur le portail SIDECAR Web de la douane, via le formulaire Cerfa n° 16090. La dématérialisation est obligatoire depuis septembre 2023[5]. La périodicité est mensuelle ou trimestrielle selon le régime.
Une entreprise en franchise de TVA peut-elle récupérer la TVA carburant ?
Non. Seules les entreprises assujetties à la TVA peuvent déduire la TVA sur le carburant. Les structures en franchise en base (auto-entrepreneurs, micro-entreprises sous les seuils) n'en ont pas le droit[3].
Le ticket de carte bleue suffit-il comme justificatif ?
Non. L'administration exige une facture, comportant notamment l'identification du véhicule (immatriculation). Une carte carburant professionnelle génère automatiquement ce justificatif conforme. Un simple ticket de paiement peut être retoqué en cas de contrôle.
Article chapeau : ce guide s'inscrit dans notre livre blanc de la mobilité entreprise.
Références
- LégiFiscal, TVA récupérable : règles désormais identiques pour l'essence et le gazole depuis le 1er janvier 2022. legifiscal.fr. ↩
- Compta-Online, TVA sur le carburant en 2026 : déduction à 80 % pour les VP, 100 % pour les VU. compta-online.com. ↩
- BOFIP / Impots.gouv.fr, Déduction de la TVA ayant grevé le carburant (BOI-TVA-DED-30-30-40). bofip.impots.gouv.fr. ↩
- Douane française, Demander le remboursement partiel de la TICPE / accise sur les énergies (transporteurs, taxis, activités non routières). douane.gouv.fr. ↩
- Douane française, SIDECAR Web, service en ligne de demande de remboursement de la TICPE (dématérialisation obligatoire depuis le 1er septembre 2023). douane.gouv.fr. ↩